Adolf Hitler et les femmes
Hitler entouré de Verena et de Friedelind Wagner
au festival de Bayreuth en 1936
Les relations féminines d’Adolf Hitler
ont fait depuis son entrée dans la vie politique
l’objet d’une littérature abondante mais,
d’ordinaire, assez peu rigoureuse.
La production s’est encore amplifiée,
en Allemagne et en Autriche,
dans les années 1990
et le flot ne semble pas en voie de tarissement.
Il suffira de citer les noms d’Anton Joachimsthaler,
Anna-Maria Sigmund, Martha Schad,
Brigitte Hamann, Anja Klabunde, Ulrike Leutheusser,
Melissa Müller, Guido Knopp,
Jürgen Trimborn et Gudrun Schwarz.
Leurs travaux,
fondés à la fois sur les interviews des derniers survivants
et l’exploration de documents inédits,
ont apporté une masse de faits nouveaux,
qui souvent vont à l’encontre des théories
jusque là en vigueur, sur la vie affective de Hitler
et ses liens avec les Allemandes.
Ce qui manque, c’est une vision d’ensemble.
Nous avons là des monographies
sur les relations de Hitler avec
un certain nombre de femmes connues
ou non, sans beaucoup d’efforts pour voir comment
ces relations influaient les unes sur les autres,
d’une part,
et quelle place elles avaient dans l’histoire
du Troisième Reich,
d’autre part.
En outre, la plupart de ces travaux présentent
l’un des deux défauts qui empêchent de dire
d’une oeuvre qu’elle est pleinement historique :
soit ils juxtaposent des thèses contradictoires
sans essayer de les départager
(disant par exemple que Hitler peut avoir eu,
ou ne pas avoir eu,
Sa nièce Géli
des relations sexuelles avec sa nièce Geli,
un point qu’à mon avis la documentation
permet de trancher avec un haut degré de probabilité),
soit ils trient et orientent l’information
en fonction d’une théorie préétablie,
alors que l’historien se doit de ne rien écarter
sans une critique rigoureuse
et de conclure en ne négligeant aucun élément
(par exemple certains pensent que Hitler
n’a jamais eu de vie sexuelle
et écartent sans examen
beaucoup de données contraires).
Aucun des auteurs cités ne figure ni parmi
les biographes de Hitler,
ni parmi les historiens du nazisme.
Etant l’un et l’autre,
je suis le premier qui tente d’ordonner
la masse des informations disponibles sur sa vie affective
en fonction d’une réflexion longuement mûrie
sur sa personnalité, son action et la situation politique
et militaire du monde dans les années 1930-1940.
Le jeune Hitler était un grand timide,
dans tous les domaines,
et notamment dans ses relations avec les femmes,
pour lesquelles il éprouvait un grand intérêt
sans oser les aborder
(il est probable que s’il a eu alors des relations,
elles ont été très éphémères et, sans doute, vénales).
La Première Guerre mondiale, et surtout son issue,
l’ont rendu plus entreprenant.
Il se donne pour mission de venger le pays de sa défaite et,
dès lors, apparaît beaucoup plus sûr de lui.
En même temps, cette mission,
qu’il conçoit de manière fort peu orthodoxe
(par rapport aux manières classiques d’aborder
les questions politiques et militaires),
et qui passe d’emblée par une forte dose de cruauté,
notamment envers les Juifs,
l’isole de ses semblables et lui paraît, en particulier,
fort difficile à faire partager par une femme.
Il va donc répétant que son épouse est l’Allemagne.
Parmi tous les personnages
qu’il joue figure en bonne place
celui du célibataire qui immole
toute possibilité de vie amoureuse
sur l’autel de la Patrie,
en même temps qu’il s’affiche en compagnie
de nombreuses femmes,
comme pour mieux faire mesurer son sacrifice.
Une place importante doit être faite à
deux figures célèbres,
Winifred Wagner
aurait transformé Bayreuth
en épicentre culturel du régime nazi;
elle aurait été, bien davantage qu'Éva Braun,
la Première Dame du Reich auprès d'Hitler,
qu'elle aurait sans doute épousé,
n'eût été le testament de Siegfried,
qui lui interdisait de demeurer à la tête
du festival de Bayreuth
au cas où elle se remarierait...
Winifred aurait transformé le festival de Bayreuth
en outil de propagande au service de J. Goebbels.
Bref, elle aurait eu une attitude si condamnable
durant toute cette période que sa propre fille,
Friedelind, dégoutée,
aurait préféré l'exil
au confort compromettant de Wahnfried....
Leni Riefenstahl

Gooebbels, Léni et Hitler
Toutes deux idolâtrent le Führer et font,
lors de leur rencontre, le premier pas,
la première en 1923, la seconde en 1932 .
Il s’abstient de toute approche charnelle
(avec plus de frustration, semble-t-il,
dans le cas de la souple Leni que de la pâteuse Winifred)
et utilise autant que faire se peut
leurs services pour sa propagande,
mais il se sert d’elles, également,
pour raffermir sa confiance en sa « mission » -
et c’est là une responsabilité que les critiques
les plus sévères
de ces dames n’ont jamais repérée.
Passionné de peinture,
de musique et d’architecture,
mettant fortement ces arts à contribution
pour enrôler les esprits,
il a été très impressionné de voir venir à lui
la bru de Richard Wagner,
héritière de la direction du festival de Bayreuth,
et une extraordinaire cinéaste
doublée d’une actrice adulée.
Un homme qui se proclamait,
sans doute avec sincérité,
guidé par la « Providence »,
n’a pu que voir un signe de connivence
de l’au-delà lorsqu’il a vu venir à lui
ces deux adoratrices,
incarnant chacune un pan de la culture allemande
et le mettant à son service
(avec beaucoup d’empressement
dans le cas de Winifred
et un peu moins dans celui de Leni).
Sur un plan plus personnel,
son goût pour les très jeunes femmes
(de 16 à 18 ans),
qu’illustre son intérêt pour Maria Reiter,
Eva Braun,
Sigrid von Laffert,
Friedelind et Verena Wagner
ou encore,
même si elle a 21 ans au moment de leur rencontre,
l’adolescente attardée qu’est Unity Mitford,
ne l’entraîne pas toujours dans la recherche
d’un commerce intime.
Maria et Eva sont les seules avec lesquelles
il ait une proximité physique,
et avec toutes les deux il finit par avoir
des rapports complets
(seule Maria en témoigne,
en disant qu’ils étaient normaux -
et ses quatre mariages lui donnent en la matière
une expérience difficilement contestable).
Il semble qu’au début de son action politique
il ait pris pour maîtresse une camarade de parti,
Jenny Haug,
puis l’ait quittée parce que l’affaire s’était ébruitée.
L’aventure avec Maria
(qui a également tourné court, une première fois,
parce qu’elle faisait jaser)
semble être une ébauche de celle,
beaucoup plus durable, qu’il va vivre avec Eva.
Ce qu’il recherche alors,
après la fin tragique de sa relation avec Geli,
c’est une maîtresse discrète et peu revendicative.
Il avait fréquenté Geli ouvertement,
en profitant de leur lien de parenté
pour couper court aux rumeurs.
Mais il avait été sans doute très tenté de l’épouser.
Son suicide à vingt-trois ans,
sans doute parce qu’elle souffrait de la situation
et ne lui voyait pas d’autre issue,
ne le culpabilise pas mais, en revanche,
il en attribue la responsabilité à sa « mission »
et va être d’autant plus déterminé à l’accomplir jusqu’au bout.
C’est alors qu’il propose à Maria,
puis à Eva, d’être une maîtresse cachée.
La première refuse et la seconde a du mal à assumer la situation,
mais s’installe petit à petit dans sa condition
et tente d’en tirer parti en élargissant insensiblement son domaine.
L’aventure avec Geli est donc bien un tournant.
C’est la dernière fois que Hitler hésite
et paraît sur le point de renoncer.
Ce "sacrifice"
rend inébranlable sa résolution de pousser l’Allemagne
le plus vite possible
vers une guerre de revanche en passant sur le corps des Juifs,
symbole métaphysique de l’ennemi.
Les nombreuses femmes dont il recherche alors le soutien,
en leur dissimulant au maximum la face sombre des choses,
sont de purs instruments et si son cœur bat pour elles
c’est dans des limites étroitement maîtrisées.
On a longtemps fait de Hitler un jouet! de ses pulsions
ou de celles de son peuple,
du grand capital, des forces militaristes
ou revanchardes allemandes, du Diable..
.On voulait bien aussi qu’il fût un joueur,
mais au sens péjoratif du terme :
adonné à des jeux de hasard
(on citait volontiers la roulette, la loterie, le poker),
il aurait dû son ascension à une chance insolente
et sa chute au fait qu’il avait trop tenté le sort.
J’ai inscrit mes recherches antérieures
dans une tradition différente et très minoritaire,
qui voyait en lui un joueur d’échecs
bien plus que de poker,
et l’un des plus grands,
anticipant fort bien les coups de l’adversaire,
cachant efficacement la préparation des siens
et défait seulement parce qu’un homme, Churchill,
n’avait pas joué le jeu et s’était trouvé par hasard,
au bon moment, à la barre de l’Angleterre.
En explorant de plus près la place des femmes
dans sa vie et dans son action,
j’ai été amené à affiner l’analyse,
et à comprendre qu’il se jouait lui-même :
il croyait en partie aux illusions qu’il créait,
et il y était fortement aidé par l’adhésion des femmes.
Toutes, de la plus célèbre des vedettes
à la plus humble des servantes,
lui apportaient par leur présence et leurs regards,
leur écoute et leurs rares répliques,
leurs mariages souvent voulus par lui
et leurs maternités qu’il encourageait,
une confirmation quotidienne de l’illusion
qu’il suivait une voie juste
et que ses violences engendraient du bonheur.
Source : le livre de Delpla
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